Fillon pris pour cible par la gauche après «l'affaire» Eva Joly
François Fillon a continué samedi à être la cible de la gauche pour ses propos contre la candidate écologiste Eva Joly, tandis qu'à droite, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez ont dénoncé "
Depuis vendredi, le Premier ministre est pris pour cible par le PS et les écologistes, Martine Aubry l'accusant de «rejoindre les thèses du Front national qui distinguent les Français selon leur origine». En cause : sa réaction à la proposition de Joly de supprimer le défilé militaire. Selon lui, «cette dame n'a pas une culture très ancienne de la tradition française, de l'histoire française et des valeurs françaises». A droite, on commence à donner de la voix pour défendre Fillon.
«Moi je ne descends pas de mon drakkar»
L'intéressée, franco-norvégienne, a été la première à lui rétorquer : «Moi je ne descends pas de mon drakkar.» Ce samedi matin, dans les colonnes de Libération, la candidate EELV à la présidentielle de 2012 s'est dite «scandalisée» que le Premier ministre établisse «une distinction entre les citoyens de naissance ou naturalisés».
Elle s'est également défendue d'être «antimilitariste». «Je ne pas contre les défilés militaires en tant que tels. Mais le 14 Juillet, ce n'est ni le lieu, ni le moment, pour ce genre de manifestation. Le 11 novembre ou le 8 mai sont beaucoup plus adaptés», souligne-t-elle, avant de préciser qu'elle a suivi un cursus spécial d'un an en 1996 auprès de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), un établissement public qui dispense des formations en matière de défense aussi aux civils qu'aux militaires. «Je suis l'une des seules personnalités politiques à m'être penchée de si près et de manière aussi technique sur la question de notre armée», affirme même Eva Joly.
La gauche a retrouvé une unité
Alors qu'à gauche, sa suggestion avait peu enthousiasmé, hormis les Verts, dès lors, les déclarations du Premier ministre ont mis tout le monde d'accord dans l'opposition. Depuis le festival des Vieilles Charrues, François Hollande, candidat à la primare PS, a lancé : «Sa nationalité serait trop fraîche pour qu'elle comprenne les valeurs de la France, ou l'histoire de France«? Et ça, je ne peux pas l'accepter.»
Dans la nuit de vendredi à samedi, Martine Aubry, candidate à la primaire PS pour 2012 qui n'avait pas réagi dans un premier temps, a accusé Fillon de «bafouer les fondements et les valeurs de notre République» et de «rejoindre les thèses du Front national qui distinguent les Français selon leur origine». Avec son franc-parler habituel, le député européen écologiste Daniel Cohn-Bendit a lâché dans les colonnes du «Parisien» - «Aujourd'hui en France» : «Fillon déraille totalement.»
«Ne sortez pas la culture française comme un revolver contre Eva Joly»
La polémique s'est poursuivie ce samedi sur le terrain de la binationalité et de la distinction faite implicitement par le Premier ministre entre les Français de naissance et naturalisés. Les propos du Premier ministre «puent la xénophobie», s'est exclamé Manuel Valls, candidat à la primaire PS. «Moi, je suis naturalisé, je suis député et candidat à la présidentielle et nous n'aurions à nous exprimer sur n'importe quel sujet !», a-t-il dit. Et Aubry de s'étonner ce samedi du silence de Nicolas Sarkozy : «Je ne comprends pas d'ailleurs que le président de la République n'ait pas réagi». Très énervé, le Premier secrétaire du PS par intérim, Harlem Désir, a lancé une mise en garde au Premier ministre : «M. Fillon, ne sortez pas la culture française comme un revolver contre Eva Joly, contre vos adversaires !».
La voix discordante de Chevènement
Seule voix discordante à gauche, Jean-Pierre-Chevènement. Dans une interview au «Parisien», le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) interrogé sur Eva Joly affirme : «Je ne veux pas lui faire un mauvais procès. La nature de la France lui échappe sans doute. Peut-être lui faut-il encore un peu d'accoutumance.» «Elle vient du Nord. Il faut accepter que la France soit une grande nation politique», ajoute l'ancien ministre de la Défense.
Trois ministres à la rescousse de Fillon
Quant à François Fillon, après le patron de l'UMP Jean-François Copé vendredi, il a reçu le soutien de la porte-parole du gouvernement. Valérie Pécresse est venue à sa rescousse en jugeant qu'il s'agissait «d'une tentative acrobatique de la gauche pour se ressouder après les propos extrêmement malheureux d'Eva Joly en détournant ceux tenus par le Premier ministre». Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur, a dénoncé «l'écran de fumée» de la gauche «pour tenter de faire oublier (la) proposition scandaleuse qui discrédite leur principale alliée». «Ce qu'a dit François Fillon, c'est que, contrairement à d'autres pays européens comme la Norvège (...), le défilé du 14 Juillet est au coeur de notre tradition républicaine», a-t-il ajouté.
Et ce samedi soir, Xavier Bertrand, ministre du Travail, a réagi sur Europe 1 en taclant «un tonnerre d'hypocrisie de la part de nombreux dirigeants du Parti socialiste». Rappelant que «Mme Royal a fermement critiqué Mme Eva joly» sur l'idée de supprimer le défilé militaire du 14 Juillet, il enfonce le clou : «Ça montre bien que les socialistes sont bien embarrassés par les déclarations d'Eva Joly et ils ont raison car c'est un pur scandale.»
L'ex-Premier ministre Dominique de Villepin s'est, lui, ému de ces «polémiques souvent sciemment entretenues» à droite et à gauche, quand «l'euro s'effondre» et «l'Etat se délite».
«Les propos de Fillon puent la xénophobie» pour Manuel Valls
Au lendemain de l’échange virulent entre François Fillon et Eva Joly, le candidat aux primaires socialistes Manuel Valls dénonce les propos du Premier ministre et défend le principe de double nationalité.
François Fillon a-t-il commis une erreur en affirmant qu’Eva Joly n’avait pas « une culture très ancienne des valeurs françaises » ?
Demander la suppression du défilé militaire du 14 Juillet quelques heures après la mort de nos soldats en Afghanistan était maladroit et de mauvais goût, mais le Premier ministre ne peut pas décrédibiliser une adversaire politique en la renvoyant à ses origines.
C’est François Fillon qui ne comprend pas ce qu’est la nation française, qui ne se construit pas sur le droit du sang mais sur des valeurs communes auxquelles on adhère. On ne peut pas nier à Eva Joly le droit de s’exprimer parce que ses origines sont différentes de celles du Premier ministre. C’est une faute. Ces propos-là puent la xénophobie.
Vous êtes-vous senti personnellement touché par ces propos ?
Je me sens concerné. Je les ressens même comme une blessure. Je suis né à Barcelone de parents espagnols. Je suis l’un des rares députés naturalisés. J’ai fait le choix de la France. J’ai appris à devenir français en épousant ses valeurs… je sais qu’être français, ce sont des droits et des devoirs partagés par tous. Mais parce que j’ai cette double identité je ne pourrais plus m’exprimer? Je serais forcément suspect?
Voyez-vous dans les propos du Premier ministre une attaque cachée contre la double nationalité ?
A l’évidence, une partie de la droite veut remettre en cause ce principe. C’est une erreur. Les binationaux sont des ponts avec le Maghreb, l’Afrique, le reste de l’Europe. Ce sont des ambassadeurs de la France. Ils ne doivent pas faire les frais d’une course de la droite avec le Front national. Quand certains députés UMP lancent à Joly : « Retourne en Norvège », c’est mot pour mot Marine Le Pen qui dit : « Retourne dans ton pays! » Dans les deux cas, c’est le fantasme honteux de l'« ennemi intérieur » qui ressurgit. Ce genre d’attaque prépare le terrain à une alliance future entre une partie de l’UMP et le FN.
Le patriotisme est-il une valeur pour la gauche ?
Oui. Je suis patriote, je n’ai aucun problème à le dire. Je suis républicain et c’est sans doute là ma différence avec Eva Joly. La nation et la patrie sont des constructions républicaines portées depuis des décennies par la gauche. Le défilé du 14 Juillet et « la Marseillaise » me font toujours frissonner. Dans cette campagne, je ne laisserai pas la nation à la droite et à l’extrême droite.






