Fortes turbulences pour le gouvernement Fillon
Les membres du gouvernement ont été décidément mal inspirés dans le choix de leurs vacances de Noël. Après l’avion de Michèle Alliot-Marie au pays de Ben Ali, voilà celui de François Fillon chez son hôte Moubarak. Les privilèges dont ont bénéficié le Premier ministre en Egypte et la ministre des Affaires étrangères en Tunisie ont de quoi choquer les Français.
Et posent question sur les mœurs politiques de la Ve République.
Pourquoi ces affaires éclatent-elles maintenant? A cause de la révolution qui secoue le monde arabe, Egypte et Tunisie en tête, et qui éclaire soudain d’un jour nouveau l’amitié entre la France et les autocrates du sud de la Méditerranée. Proximité due au passé colonial et à la fameuse politique arabe menée depuis de Gaulle. Nos dirigeants, présidents, ministres et excellences de gauche comme de droite ont toujours été reçus à bras ouverts par ces despotes. Simplement, aujourd’hui que les Ben Ali et consorts sont rejetés par leurs peuples, les effets de cette amitié sans faille sont dévastateurs : comment ne pas faire le lien avec la prudence, voire l’aveuglement, de Paris vis-à-vis des événements de Tunis et du Caire?
L’exigence de transparence a- t-elle changé la donne? A l’évidence oui. A l’heure où plus rien n’échappe à WikiLeaks et Internet, au moment où progresse l’exigence d’exemplarité des responsables politiques — Nicolas Sarkozy lui-même n’avait-il pas promis une « République irréprochable »? —, ces comportements ne sont plus acceptables aux yeux des Français. Ceux-ci font naturellement la comparaison avec la rigueur à laquelle eux-mêmes sont astreints à cause de la crise. Accepter les cadeaux d’un milliardaire proche du régime tunisien ou les services du raïs égyptien, c’est plus qu’une maladresse, c’est une faute politique. Le problème, c’est que cela risque d’alimenter la rengaine du « tous pourris ».
Y a-t-il une spécificité française? Il y a en tout cas un certain laxisme latin, par rapport aux pays anglo-saxons ou scandinaves où une MAM aurait déjà dû démissionner, à l’image de ce ministre allemand de la Défense obligé de renoncer à ses fonctions pour avoir utilisé à des fins personnelles un avion gouvernemental. Des parties de chasse africaines de Giscard chez l’empereur massacreur Bokassa aux vacances roumaines de Georges Marchais chez Ceausescu, des vacances de Mitterrand à Assouan avec sa fille cachée Mazarine au luxueux séjour de Chirac à l’île Maurice, en passant par les croisières cubaines de Jack Lang sur le yacht de Fidel Castro, les frasques ou les compromissions des politiques, longtemps, ont davantage fait ricaner les Français qu’elles ne les ont indignés. Tout se passait comme si, droite et gauche se livrant aux mêmes errements, on pouvait se montrer indulgents. Mais cette époque est révolue. Sarkozy lui-même décide de soumettre le budget de l’Elysée au contrôle de la Cour des comptes et Fillon a imposé des règles de déontologie à ses ministres. Il est temps de les appliquer vraiment.
Info: Le Parisien
Sondage: Cote d'alerte pour Sarkozy/Fillon
MAM à la peine après de nouvelles révélations du Canard
L'«affaire Michèle Alliot-Marie» prend des airs de déjà-vu. Comme son ancien collègue du gouvernement Eric Woerth, il y a six mois, la ministre des Affaires étrangères est, elle aussi, visée par une polémique à rebondissements.
Ainsi, hier mardi, la chef de la diplomatie a-t-elle dû à nouveau s'expliquer sur l'un des aspects de son séjour controversé en Tunisie, à la fin de l'année 2010. Dans son édition de ce mercredi, «Le Canard enchaîné» révèle en effet que les parents de Michèle Alliot-Marie, qui participaient au voyage, ont racheté les parts d'une société immobilière à l'homme d'affaires Aziz Miled, un proche de Ben Ali. «Leur vie privée leur appartient», a réagi la ministre, mardi, dans un communiqué.
Face à cette mise en cause, Bernard Marie, père de la ministre, a réagi sur Europe 1, mardi soir, assurant notamment : «Ma femme et moi sommes les seuls responsables». Il a assuré qu'Aziz Miled était «un ami à lui», qu'il «connaît depuis très longtemps». C'est l'homme d'affaires tunisien qui aurait proposé cette excellente opération financière et les aurait emmenés, lui et son épouse, découvrir les terrains constructibles concernés, à Gammarth. Il précise s'être ensuite rendu à Tabarka pour faire «légaliser la signature».
Une transaction prévue de longue date
Selon l'hebdomadaire satirique, Bernard Marie et son épouse étaient déjà associés minoritaires dans cette société civile immobilière (SCI). Le 30 décembre, alors que la Tunisie connaissait un soulèvement populaire d'ampleur, le couple de nonagénaires a racheté toutes les parts d'Aziz Miled et de son fils Karim, devenant ainsi propriétaires de la SCI. Une transaction, selon le journal, appelée à rester secrète mais «forcément préparée de longue date», car il fallait l'accord du gouverneur du secteur, lui-même sous tutelle du ministère de l'Intérieur.
«Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux, et personne d’autre», a déclaré mardi la ministre dans un communiqué répondant à ces révélations. «Chacun s’honorerait à le comprendre et à ne pas sombrer dans des excès qui ne grandissent pas ceux qui s’y prêtent», ajoute-t-elle, précisant qu'elle ne peut «concevoir que l’on puisse s’attaquer à la famille des politiques, et dans le cas présent à mes parents». «J’ai assumé les attaques, même injustes, même infondées, même personnelles. Je n’ai jamais attaqué les personnes car ce n’est pas ma conception de la politique», poursuit la ministre des Affaires étrangères.
Tabarka préférée à la Dordogne
Par aillleurs, Bernard Marie, le père de MAM, a donné, mardi soir sur Europe 1, une autre version que celle de sa fille concernant le choix leur destination de vacances. Celles-ci étaient initialement en Dordogne mais le mauvais temps l'aurait incité à de contacter son ami Aziz Miled, «chez qui nous étions déjà allés». L'homme d'affaire leur aurait proposé de séjourner dans son hôtel de Tabarka. «C’est à ma demande que Monsieur Miled a organisé notre séjour ensemble dans un hôtel», a précisé Bernard Marie. Leur hôte aurait mis son avion à leur disposition pour leur éviter «deux heures et demie de voiture en pleine nuit». Le père de MAM ne voit pas pourquoi sa fille et son gendre «auraient pris la route alors que Monsieur Miled mettait son avion à notre disposition pour nous amener là-bas».
envoyé par Europe1fr. - L'actualité du moment en vidéo.







