Les "sept millions mystérieux" de la campagne d'Edouard Balladur, en 1995

Le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995, apparaît de plus en plus suspect. C'est en tout cas ce qui ressort de l'audition de l'ancien député et maire RPR du 15e arrondissement de Paris, René Galy-Dejean, entendu le 15 février, comme témoin assisté, par le juge du pôle financier Renaud Van Ruymbeke.

M. Galy-Dejean, âgé aujourd'hui de 79 ans, était le trésorier de la campagne de M. Balladur. Il ne s'explique pas le versement, en espèces, sur le compte de campagne de l'ancien premier ministre, d'une mystérieuse somme de 7 millions de francs (un peu plus d'un million d'euros) qu'il assure n'avoir jamais déposée, le 26 avril 1995. " Je n'ai déposé que les 3 millions de francs", assure M. Galy-Dejean au magistrat. "Je suis incapable de vous dire d'où vient cet argent que je n'ai pas déposé", précise-t-il. 

Le Conseil constitutionnel avait validé, en octobre 1995, les comptes de M. Balladur, contre l'avis des rapporteurs qui mettaient en relief, eux aussi, le dépôt d'une importante somme non justifiée.

 

Me Morice compte demander l'audition de M. Longuet

 

Du coup, le juge Van Ruymbeke, qui enquête depuis le 14 décembre 2010, en marge des investigations liées directement à l'attentat de Karachi, sur des faits d'abus de biens sociaux apparus lors de la passation en 1994 des contrats d'armement Agosta et Sawari II, a obtenu, à la mi-février, que soit versée au dossier d'instruction la procédure dite du "Fondo", une affaire mettant en cause, en 1996, le financement du Parti républicain (PR), proche soutien de M. Balladur. 

Les enquêteurs avaient cherché la provenance d'une somme de 5 millions de francs versée pour l'achat du siège du parti présidé, jusqu'en 1995, par Gérard Longuet, aujourd'hui ministre de la défense, sans jamais trouver de réponse satisfaisante. 

Le juge Van Ruymbeke semble établir un lien entre ces deux affaires, il estime que des rétrocommissions ont pu être versées, en marge des contrats d'armement, à des décideurs politiques français proches du camp Balladur, et que cet argent a pu nourrir la campagne présidentielle du rival de Jacques Chirac. 

L'avocat de plusieurs parties civiles, Me Olivier Morice, compte demander l'audition de M. Longuet, qui avait, par ailleurs été, poursuivi dans une affaire distincte de financement du PR, avant de bénéficier d'un non lieu, en 2010.

Lire l'intégralité de l'article dans l'édition Abonnés et dans Le Monde daté mercredi 2 mars 2011.

Attentat de Karachi : nouveaux soupçons sur la campagne de Balladur

Edouard Balladur conteste tout financement illégal de sa campagne présidentielle en 1995.

Publié le 30.06.2011

L'attentat de Karachi en 2002 a-t-il un lien avec la campagne d'Edouard Balladur de 1995 ? Et cette campagne a-t-elle été financée par des ventes d'armes ? Evoqués depuis près de trois ans, ces soupçons ont été renforcés ce jeudi avec de nouvelles révélations dans le volet financier de l'enquête sur l'attentat au Pakistan.

Ces révélations interviennent à la veille de la réunion entre les familles des victimes et le juge Marc Trévidic, qui privilégie la piste d’un attentat commis en représailles à l‘arrêt, ordonné par le président Chirac en 1996, du versement de commissions liées à des contrats d’armement navals avec le Pakistan.

 

De mystérieux versements en espèces

 

Confirmant une information du site lemonde.fr, un document de la Division nationale des investigations financières indique qu'un total de 23,6 millions de francs, dont 20 millions en espèces, auraient alimenté la campagne de l'ancien Premier ministre il y a 16 ans. Or, d'après les documents de l'association pour le financement de la campagne d'Edouard Balladur (Aficeb), versés au dossier, seuls quelque 15 millions de francs ont été officiellement versés en liquide.

Olivier Michaud, gérant d'une société chargée de la sécurité des meetings de l'ex-candidat à la présidentielle de 1995, a déclaré au juge d'instruction financier Renaud Van Ruymbeke que 5,2 ou 5,3 millions supplémentaires auraient été versés en espèces. D'après lui, c'est le trésorier de la campagne, René Galy-Dejean, qui lui aurait à l'époque remis l'argent liquide, expliquant qu'il provenait des «fonds secrets de Matignon». Des accusations démenties par l'intéressé.

Pour les policiers, ces versements en espèces sont «le poste le plus litigieux et le plus opaque sur l'origine des fonds».

Edouard Balladur avait justifié le versement de dix millions de francs en espèces, puis à nouveau trois millions, par les dons des militants et la vente de gadgets ou de tee-shirts lors des meetings. Mais l'entourage de l'ancien Premier ministre a évoqué un financement par les fonds secrets de Matignon, en raison de l'implication dans la campagne du chef de cabinet d'Edouard Balladur, Pierre Mongin, actuel président de la RATP.

 

Balladur n'a pas été entendu par le juge Van Ruymbeke

 

Interrogé par le juge Van Ruymbeke le 18 février, Alexandre Galdin, membre de l'équipe de campagne, a confirmé l'existence de mouvements financiers suspects. «On m'a toujours présenté l'argent que je remettais en banque comme le résultat des collectes, des ventes, etc. J'étais sceptique», a-t-il déclaré

En revanche, ni Pierre Mongin, ni Nicolas Bazire, alors directeur de campagne, ni Edouard Balladur lui-même n'ont été entendus par le juge Van Ruymbeke. Cependant, devant la mission parlementaire en 2010, l'ancien chef du gouvernement a affirmé «n'avoir pas arbitré de dossier sur de quelconques commissions financières» et il a nié l'existence de rétrocommissions. 

Karachi : deux ex-conseillers de Balladur et Sarkozy en garde à vue

Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet d'Edouard Balladur, a été placé en garde à vue dans l'enquête sur le financement de la campagne présidentielle de 1995. Par ailleurs, Thierry Gaubert, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, doit lui être présenté au juge Van Ruybeke dans la journée. Nicolas Bazire, a été interpellé mercredi matin à Paris pour être entendu par les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières (Dnif), chargée de mener l'enquête sur le volet financier de l'affaire Karachi. Nicolas Bazire est directeur général du Groupe Arnault, fondé par Barnard Arnault, et directeur du développement et des acquisitions du groupe LVMH. Son domicile et ses locaux professionnels font l'objet d'une perquisition. Thierry Gaubert était en garde à vue depuis lundi. Son domicile avait été perquisitionné début juillet. La semaine dernière, l'homme d'affaire franco-libanais Ziad Takieddine avait été entendu pendant près de six heures par le juge Renaud Van Ruymbeke dans la même affaire. Les juges Van Ruymbeke et Roger Le Loire enquêtent sur d'éventuelles malversations financières en marge de contrats d'armement au Pakistan et à l'Arabie saoudite conclus par la France en 1994. Ils cherchent à savoir si des rétrocommissions sur ces contrats ont pu alimenter la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. Plusieurs témoins entendus par le juge Van Ruymbeke ont mis en cause Nicolas Bazire. Selon Mediapart, un témoin auditionné le 8 septembre a affirmé qu'au milieu des années 1990, Ziad Takieddine s'était rendu à plusieurs reprises en Suisse pour y retirer des fonds remis à Paris à Nicolas Bazire. Il était accompagné dans ces déplacements de Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly et au ministère du Budget.