Karachi : le nom de Sarkozy cité dans une écoute téléphonique
Depuis quelques jours, l'enquête sur l'affaire Karachi éclabousse un peu plus les jardins de l'Elysée. Après la mise en examen de proches collaborateurs d'Edouard Balladur et de Nicolas Sarkozy, c'est Brice Hortefeux qui est mis en cause par des interceptions téléphoniques, révèle LeMonde.fr
L'ex-ministre de l'Intérieur aurait appelé Thierry Gaubert le 14 septembre dernier, avant sa mise en examen, pour l'informer des dernières révélations faites aux enquêteurs, par Hélène Gaubert, sa femme.
Cette dernière affirme avoir vu son époux - dont elle est séparée aujourd'hui - transporter à l'époque de la campagne Balladur en 1995 des valises remplies de billets. Comment Hortefeux a-t-il pu avoir accès à ce témoignage ? Et pourquoi a-t-il averti Gaubert ? L'Elysée, qui assurait pourtant hier que le nom de «Nicolas Sarkozy» n'apparaissait dans aucun élément du dossier - alors même que la présidence n'a pas l'autorité pour avoir accès à ces pièces - semble donc surveiller de très près ce que beaucoup qualifient maintenant de «scandale d'Etat».
Pour le juge Van Ruymbeke, les soupçons d'un financement occulte de la campagne de Ballaudur par le biais de rétrocommissions versées, grâce aux contrats d'armement passés par la France au Pakistan se renforcent plus que jamais.
«Si Sarko passe pas en 2012, ils sont morts»
Quelques mois avant son interpellation et sa mise en examen, Thierry Gaubert avait été placé sous écoute par la justice. D'après le Monde.fr, les enquêteurs ont relevé le 19 juillet, une bien étrange conversation entre la fille de Thierry Gaubert, Nastasia, et un ami, un certain David. C.
La fille de Gaubert est visiblement en grande détresse. Elle fait part de ses craintes à propos de comptes bancaires aux Bahamas et de sa mère, Hélène de Yougoslavie, celle par qui le scandale des mallettes est arrivé.
Apparemment, Thierry Gaubert semblait déjà craindre que son épouse ne parle trop et «ne craque» devant le juge. Nastasia s'explique ainsi à son ami : «Donc voilà. Il a dit à ma mère : si tu craques euh..., toute la famille saute, on saute tous (...) Il lui a dit euh... vraiment, on est dans la merde». Et de poursuivre : «Et euh... personne pour l'aider parce que euh... Copé est trop dans la merde. Hortefeux est trop dans la merde. Et si euh... Sarko ne... ne passe pas au deuxième tour, euh... lui aussi est dans la merde et personne ne l'aide. Il a dit... Mon père, il a dit à ma mère : personne m'aidera. Parce que tout le monde est dans la merde (...). Sarko, il veut même pas l'aider. Enfin là, ça va encore, mais si Sarko il passe pas en 2012 euh..., vraiment, ils sont tous dans la merde».
Les magistrats veulent une enquête.
Le Syndicat de la magistrature demande à son tour à la justice d'enquêter sur le coup de fil de Brice Hortefeux passé à Thierry Gaubert avant sa mise en examen. «Nous demandons solennellement au parquet de Paris (...) de saisir immédiatement un juge d’instruction de ces faits délictueux extrêmement préoccupants quant à l’état de la démocratie française».
Pour Martine Aubry, l'heure est grave.
Les dernières révélations sur les échanges téléphoniques passés entre Brice Hortefeux à Thierry Gaubert estomaquent la candidate PS à la primaire. «Comment se fait-il que M. Hortefeux savait que la femme de ce monsieur avait parlé ? Où est le secret de l'instruction? Où est l'indépendance de la justice ? Voilà les questions qui se posent aujourd'hui», s'interroge la maire de Lille. Elle estime que le dossier de l'attentat de Karachi est d'ailleurs en passe de devenir «une immense affaire, peut-être une des plus graves de la 5e République». «S'il s'agit vraiment - attendons que la justice le dise - d'une affaire de pots de vin qui n'ont pas été payés, il faut aller jusqu'au bout», plaide-t-elle encore.
Pour François Hollande, le pouvoir fait clairement pression sur la justice.
Le candidat PS à la primaire dénonce les «interférences» du pouvoir sur la justice après les conversations téléphoniques entre Brice Hortefeux et Thierry Gaubert. «Ce que je n'accepte pas, c'est que le pouvoir puisse être tenté de faire pression sur la justice, voire d'avoir des interférences, y compris téléphoniques, avec telle ou telle personnalité qui a pu être gardée à vue», lance le favori de la primaire socialiste en marge d'une rencontre avec des militants.
Pourquoi Thierry Gaubert avait-il son portable en garde à vue ?
Lors du second appel que Brice Hortefeux indique avoir passé à Thierry Gaubert, il ne savait pas que son interlocuteur était en garde à vue. «Je lui ai dit Allo c'est Brice, comment ça va ? Il m'a répondu : je suis en garde à vue», déclare l'ancien ministre au Monde. Il est rare qu'un gardé à vue puisse conserver son téléphone portable.
Copé mis en cause par Mediapart.
Entre 2003 et 2005, Jean-François Copé, alors membre du gouvernement Raffarin aurait bénéficié de «largesses» de Ziad Takieddine pour un montant estimé à 19 050 euros, selon Mediapart. «Il s'agit pour l'essentiel d'invitations et de déplacements au cap d'Antibes, à Londres, à Venise et à Beyrouth», précise le site d'informations, pour qui «ces dépenses pourraient faire partie du périmètre du «recel» d'abus de biens sociaux reprochés à l'homme d'affaires franco-libanais sur les sommes obtenues sur les marchés d'armement»
Les critiques s'accumulent contre Nicolas Sarkozy dans l'enquête sur l'affaire Karachi. Le chef de l'Etat ou son entourage n'auraient-ils pas respectés le secret de l'instruction ? C'est ce qu'avancent les deux principaux syndicats de magistrats. Ils se basent pour cela sur le démenti envoyé par lla présidence jeudi, dans lequel le chef de l'Etat nie tout lien avec le financement de la campagne électorale d'Edouard Balladur en 1995, réaffirmant que son nom n'apparaissait «dans aucun des éléments du dossier».
Une dernière phrase qui a aussitôt retenu l'attention de l'Union syndicale des magistrats (USM - majoritaire). «Les services de la présidence de la République font clairement référence au contenu des pièces d'une procédure judiciaire, montrant qu'ils ont pu en avoir connaissance, dans l'irrespect apparent du secret de l'instruction», dénonce le syndicat.
«C'est même assez incroyable que l'Elysée reconnaisse aussi benoîtement qu'il a eu accès à des pièces», a ajouté le président de l'USM, Christophe Regnard.






