Fonds occultes

Chirac et Villepin veulent déposer plainte pour diffamation

L'avocat Robert Bourgi a jeté un pavé dans la marre ce dimanche 11/09/2011 en accusant Dominique de Villepin ainsi que Jacques Chirac, d'avoir reçu des valises pleines de billets de chefs d'Etat africains. 

Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer s'est dit convaincu que la justice ou éventuellement une commission d'enquête parlementaire seront saisis des «allégations sans aucune preuve» de l'avocat.

Pour lui, ces accusations sont néanmoins «des affirmations sans le moindre début de commencement de preuve, qui relèvent d'une expression purement personnelle». A une question sur une perpétuation de ces pratiques actuellement, Bernard Accoyer a répondu avoir «la certitude qu'il y a eu des changements profonds».

Jean-François Probst a relativisé dimanche l'influence de l'avocat Robert Bourgi, un «mystificateur», selon lui, dont «la seule utilité» est de «flinguer la réputation de Dominique de Villepin». Cet ancien proche collaborateur de Jacques Chirac et connaisseur de la «Françafrique» s'insurge contre la filiation que Robert Bourgi revendique avec Jacques Foccart, le «M. Afrique» de la droite gaulliste depuis l'époque du général de Gaulle jusqu'à son décès en 1997.

Claude Guéant a souligné que l'avocat Robert Bourgi avait évoqué avec Nicolas Sarkozy, «en terme très généraux», la question du financement d'hommes politiques français par des fonds africains. «Robert Bourgi n'est pas un conseiller de l'Elysée comme cela a été dit puisqu'il y a une cellule Afrique qui est sous l'autorité du conseiller diplomatique», a par ailleurs souligné Claude Guéant. «C'est quelqu'un qui connaît bien l'Afrique et dont on a intérêt à entendre les avis et les informations», a-t-il toutefois ajouté.

 

Ségolène Royal (PS) y voit, elle, une «nouvelle affaire», révélant «un régime glauque et corrompu» et «des règlements de comptes sordides» à droite. «Je pense surtout qu'il y a des règlements de comptes épouvantables au sein de la droite, que ce système en décrépitude est à bout de souffle et qu'il est temps de mettre un bon coup de balai» en faisant «en sorte qu'une nouvelle équipe arrive aux responsabilités» en 2012, a-t-elle aussi déclaré.

 

 

3 millions d'euros versés à Chirac en 2002, selon l'ex N°2 de Gbagbo

L'ex-numéro 2 du régime du président déchu, Laurent Gbagbo, en Côte d'Ivoire a affirmé ce dimanche à l'AFP que quelque trois millions d'euros avaient été transférés d'Abidjan à Paris pour financer la campagne électorale du président français Jacques Chirac en 2002.

«Robert Bourgi a parfaitement raison il y a eu un transfert d'argent entre Laurent Gbagbo (2000-2011) et Jacques Chirac, en 2002» a martelé Mamadou Koulibaly, actuel président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, faisant état «d'environ deux milliards de FCFA (trois millions d'euros) transportés d'Abidjan vers Paris par valise».

«J'ai dit au président (Gbagbo) que nous étions un pays pauvre et que nous n'avions pas d'argent à financer des élections d'hommes politiques de pays riches», a-t-il insisté. Mamadou Koulibaly a ajouté avoir «rencontré Robert Bourgi à la table de Gbagbo en 2002, venu solliciter de l'aide en vue d'un financement de la campagne présidentielle en France». Devant son opposition, Bourgi, conseiller officieux pour l'Afrique du président français Nicolas Sarkozy, aurait répondu : «Monsieur, vous êtes jeune, quand on veut faire de la politique on est généreux.»

Dans le même temps, à Paris, un membre de l'entourage en France de Laurent Gbagbo a dit s'étonner que les Français paraissent découvrir l'existence de versements de fonds occultes africains à des personnalités politiques. «Cela devait éclater un jour ou l'autre. Nous nous étonnons juste que ce ne soit que maintenant que l'opinion publique française semble découvrir tout ça. Et on s'étonne aussi que cela s'arrête à Dominique de Villepin», a-t-il déclaré, sous couvert d'anonymat. Ce genre d'accusations «ne sortira jamais de la bouche de Gbagbo, ce n'est pas son genre», a ajouté cette source.

 

 

L'enquête sur les «mallettes africaines» classée sans suite

Le dossier des «mallettes africaines» semble définitivement enterré. Le parquet de Paris a décidé de classer sans suite l'enquête dans laquelle Jacques Chirac et Dominique de Villepin étaient accusés, par l'ex-conseiller officieux de l'Elysée Robert Bourgi, d'avoir perçu plusieurs millions de dollars en liquide provenant de chefs d'Etats africains.

Robert Bourgi n'a pas souhaité réagir à la décision du parquet, selon son entourage.

L'avocat franco-libanais racontait, pour la première fois, avoir transporté jusqu'à 20 millions de dollars et avoir remis ces sommes au président Jacques Chirac et à son Premier ministre Dominique de Villepin. L'ancien conseiller de l'ombre chargé des affaires africaines avait accusé Jean-Marie Le Pen d'avoir lui aussi reçu des fonds occultes de chefs d'Etat africains pour financer sa campagne présidentielle de 1988.

 

Face aux médias, Robert Bourgi, qui se présente volontiers comme le successeur de Jacques Foccart, le «Monsieur Afrique» à l'Elysée à l'ère gaulliste, avait expliqué avoir recueilli des fonds de cinq chefs d'Etat africains: Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Omar Bongo (Gabon). Il s'était ensuite rétracté sur ses accusations contre le chef d'Etat sénégalais affirmant s'être trompé.

 

Dossier refermé faute de preuve

 

Le 13 septembre, la justice avait demandé l'ouverture d'une enquête préliminaire pour vérifier les dires de Robert Bourgi. Deux mois plus tard, le parquet décide finalement de refermer le dossier, invoquant le fait que «ces allégations ne peuvent être confortées par un quelconque élément de preuve susceptible de motiver des investigations». Et même si les remises de fonds (entre 1995 et 2005) avaient été avérées, confie une source au parquet, «l'infraction, elle, aurait sans doute été prescrite». Cette affaire qui avait fait beaucoup de bruit en septembre a, au final, fait pschitt. L'avocat franco-libanais était dans le viseur du barreau de Paris qui avait ouvert une procédure disciplinaire.