Eric Woerth mis en examen pour trafic d'influence passif
L'ex-ministre Eric Woerth a été mis en examen mercredi soir pour trafic d'influence passif par les juges d'instruction bordelais en charge des dossiers Bettencourt, au terme d'une journée d'audition qui a pris fin à 21h50, a indiqué le parquet de Bordeaux (Gironde) dans un communiqué.
"A l'issue de cette audition qui a pris fin à 21 h 50, il a été mis en examen du chef de trafic d'influence passif, délit prévu et réprimé par les articles 432-11 et 432-14 du Code pénal", ajoute le parquet. Le délit de trafic d'influence est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende.
M. Woerth, évincé en novembre 2010 du gouvernement à cause de cette affaire, a été mis en cause par l'ancienne comptable des Bettencourt, Claire Thibout. Celle-ci a raconté à la police en juillet 2010 comment l'ancien homme de confiance de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre, patron des sociétés chargées de gérer la fortune de la milliardaire, lui aurait demandé en janvier 2007 de lui apporter 150 000 euros en liquide qu'il comptait donner à M. Woerth, pour, avait-elle supposé, la campagne de Nicolas Sarkozy. Elle n'avait pu apporter que 50 000 euros, qu'elle avait donnés à Mme Bettencourt, laquelle les avait remis à M. de Maistre.
Les faits auraient eu lieu le 18 janvier 2007, avant un rendez-vous de M. de Maistre avec M. Woerth le 19, soutient la comptable, les agendas corroborant en partie ces données. Selon Mme Thibout, par ailleurs, M. de Maistre lui avait dit : "C'est bien pratique d'avoir des comptes en Suisse", ce qu'elle avait interprété comme le moyen trouvé par ce dernier de se procurer 100 000 autres euros destinés à M. Woerth.
Légion d'honneur
Tant ce dernier que M. de Maistre ont toujours démenti les allégations de Mme Thibout. Interrogé par la police le 29 juillet 2010 dans son bureau du ministère du travail, M. Woerth a présenté M. de Maistre comme "un homme avenant", avec lequel il a "des relations sympathiques", mais dont "on ne peut pas dire que ce soit un ami", quoiqu'il soit intervenu pour que M. de Maistre obtienne la Légion d'honneur, et que M. de Maistre ait embauché sa femme, Florence.
M. Woerth a déclaré à la police avoir rencontré M. de Maistre en septembre 2006, à la demande de celui-ci, qui souhaitait "aider personnellement l'UMP" et savoir comment les Bettencourt pouvaient aussi "aider l'UMP et l'action de Nicolas Sarkozy". "J'ai pu lui dire que dans un couple, chaque conjoint peut apporter jusqu'à 7 500 euros", a indiqué M. Woerth, assurant que les Bettencourt se sont ainsi conformés au maximum légal et que M. de Maistre ne lui a "jamais donné aucune somme en liquide, aucune enveloppe".
M. de Maistre a nié de la même manière, soulignant aussi quelques contradictions dans les témoignages de Mme Thibout. Cependant, selon un proche du dossier, le juge Jean-Michel Gentil, qui a enquêté en Suisse après les propos prêtés par Mme Thibout à M. de Maistre, "semble avoir trouvé des choses intéressantes".
M. Woerth a écopé d'une seconde mise en examen
Jeudi, M. Woerth a donc écopé d'une seconde mise en examen, cette fois "du chef de recel à raison d'une présumée remise de numéraire qui lui aurait été faite par Patrice de Maistre", comme l'a indiqué le parquet de Bordeaux. Les juges se sont rangés à la version de l'ancienne comptable des Bettencourt, Claire Thibout, qui a assuré à plusieurs reprises, sur procès-verbal et dans les médias, avoir remis début 2007 une somme de 50 000 euros à M. de Maistre.
Les agendas de Claire Thibout sont formels.
Le 18 janvier 2007, à 12 h 30, figure la mention "pour 15 minutes Claire+M. de Maistre" puis "RV Mme Bettencourt" suivi de: "Pour donner enveloppe qui donnera à Patrice". Mme Thibout a toujours déclaré que 150 000 euros lui avaient été réclamés par Patrice de Maistre, afin, selon les dires prêtés au gestionnaire de fortune, que celui-ci remette le lendemain la somme à M.Woerth, pour contribuer - illégalement - au financement de la campagne présidentielle de M.Sarkozy. Or, M. de Maistre a confirmé avoir rencontré Eric Woerth, le 19 janvier 2007. De plus, selon Mme Thibout, M. de Maistre lui aurait dit: "C'est bien pratique d'avoir des comptes en Suisse", ce qu'elle avait interprété comme le moyen trouvé par ce dernier pour se procurer les 100 000 autres euros destinés à M.Woerth.
Le fait que M.Woerth soit poursuivi pour "recel" dans le volet "abus de faiblesse" du dossier et non pour "recel de financement illicite de parti politique" semble indiquer que les juges, s'ils sont convaincus que M. de Maistre a bien remis, en toute illégalité, des fonds à M.Woerth - en profitant de la santé défaillante de Mme Bettencourt - n'ont en revanche, pour le moment, pu établir matériellement que ce dernier avait ensuite fait profiter la campagne électorale de M.Sarkozy de cette somme.
L'avocat de Mme Thibout, Me Antoine Gillot, a déclaré que "tant que cette affaire était entre les mains du parquet, en clair du pouvoir exécutif, le but n'était pas de faire la lumière mais d'étouffer un scandale d'Etat, en recourant à des pressions scandaleuses sur ma cliente. Depuis que l'affaire est entre les mains de juges d'instruction, les soupçons ont changé de camp".







